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Le Numéro 64 du 16 juillet 2017 : le Sommaire


 Article 1 : Les petits Producteurs de Thé

Article 2 : La Kenya Tea Development Agency- KTDA
                  Portrait de L.S.Tiampati, son CEO

Article 3 : Le Thé Pourpre du Kenya

Article 4 : Les Thés au Jasmin de Fuzhou, Fujian, Chine

Article 5 : le "Buchu "

Article 6 : La World Fair Trade Organization

N°64 Art.1 Les petits producteurs de thé

Premier maillon et contributeurs  indispensables de la chaîne  d’approvisionnement ces small holders, comme on les appelle en anglais, fournissent environ 2/3 du volume mondial de thé. Selon les estimations de la FAO les petits producteurs apportent plus de deux tiers du volume en Chine et au Vietnam, environ 60% au Kenya et au Sri Lanka, 35% en Indonésie et 30% en Inde.
au Darjeeling

Ces dizaines de millions de familles cultivent du thé dans leurs parcelles, généralement ensemble avec d’autres cultures, soit vivrières et pour leur propre consommation, soit commerciales comme des épices entre autres. Tout en étant ce maillon de première importance, ces petits producteurs sont aussi le maillon le plus faible. Pour améliorer leur productivité il est donc recommandé de leur apporter des énergies motivantes, notamment sous forme d’un prix rémunérateur, une formation de base et des structures leur permettant un positionnement correcte sur le marché.


Ce sont là des mots qui montrent une  prise de conscience des grands opérateurs, mais leur traduction en faits et actes est lente et parfois à peine entamée.
théiers et légumes photo Rishi

Agir et apporter ainsi des améliorations concrètes est pourtant devenu incontournable pour freiner l’abandon de la théiculture,
**soit par le remplacement des théiers par des plantes plus rémunératrices : tel que le palmie  à huile, en Indonésie et au Bangladesh notamment, ou par le café, au Yunnan ;
**soit par l’abandon des jardins, qui deviennent des friches, comme cela se passe actuellement dans certaines régions  en Assam ou au Dooars, en Inde.
Cette problématique n’est pas réservée au thé seulement, elle est la même pour le café, qui compte environ 25 millions de familles de petits producteurs dans le monde, ce qui représente  environ  125 million de personnes
Les deux cultures, thé et café, demandent beaucoup de main d’œuvre, mais la cueillette du thé est encore plus exigeante, car la feuille fraîche a besoin d’être traitée dans la journée, alors que la cerise de café est moins fragile avec le grain  bien protégé à son intérieur.
Travailler les feuilles, soit par un flétrissage/séchage dans leurs greniers et granges sur place , soit en usine suite à des ramassages dans la journée est donc d’une nécessité absolue et il faut y répondre par la mise en place d’une logistique  appropriée. Les besoins élémentaires des petits cultivateurs de thé ont donc enfin attiré l’attention des instances à la fois gouvernementales et privées, en vu de leur intégration dans des plateformes de regroupement et des coopératives, pour les sortir de l’isolement et reconnaître leur importance économique.
la cueillette du jour

Les objectifs de ces structures sont multiples, les intérêts se situent bien en amont et en aval, des deux côtés, mais la mise en œuvre est un travail de longue haleine.
L’économie mondiale du thé est encadrée, voir gérée, par le Groupe Intergouvernemental –IGG - sur le Thé de la FAO, qui se réunit en session plénière environ tous les 18/24 mois pour faire le point sur l’offre et la demande, dans un souci de les maintenir en équilibre pour que les prix qui restent rémunérateurs. Les incidents de la météo avec des épisodes de sécheresses ou d’inondations, de la politique avec des frontières fermées et des importations irrégulières, des changements d’alliance accompagnés de mouvements de devises etc. ne facilitent pas les choses. Par ailleurs une politique de prévention de plus en plus restrictive de l’UE et d’autres marchés occidentaux impose depuis quelques années des contrôles sur les pesticides notamment. Ces exigences réglementaires excluent maintenant certains pays fournisseurs de l’accès aux marchés Européens, alors que les très grands consommateurs de thé comme la Russie et le Pakistan, et qui ont une législation bien moins rigoureuse, boivent leurs millions de tasses de thé tous les jours sans le moindre effet néfaste  pour la santé public !! bien au contraire ! les effets bénéfiques du thé sur la santé sont largement démontrés et reconnus par tous !
La NPT ne cherche aucunement à polémiquer, mais voudrait attirer l’attention sur un ensemble de  faits économiques qui mérite d’être mieux compris et mieux connu.
Pour mettre en place une meilleure prise en compte des petits producteurs et explorer des solutions leur apportant mise en valeur et rémunération appropriées de leur labeur, l’IGG Thé de la FAO a crée une « Confédération Internationale des Petits Producteurs de Thé » lors de sa session plénière au Kenya en mai 2016.
C’est Rachmat Badruddin, le Président du Tea Board de l’Indonésie qui en a été nommé Chairman ; c’est justement en Indonésie où l’abandon de la théiculture par les petits producteurs a pris des proportions alarmantes depuis une dizaine d’années, il connaît donc bien le dossier et les difficultés de la situation !
vente en bordure de jardin

Plus le pays est vaste et les régions de production espacées, plus il semble difficile de mettre des plateformes en place. Parfois ce sont des grands propriétaires eux-mêmes, et qui comptent sur l’apport des volumes des petits fermiers, qui prennent les choses en main. Ainsi le groupe Indien TPI gère plusieurs jardins en coopérative au Darjeeling et en Assam, facilitant l’accès des petits producteurs à leurs usines et apportant formation et suivi sur le plan des cultures. Il en est de même pour Kabepe Chakra, la plus importante société privée de production de thé en Indonésie, qui a pris en charge des groupements de petits producteurs, en leur fournissant un suivi social, des formations et un cadre collectif motivant ainsi qu’un approvisionnement direct et privatif en énergie par l’installation de micro stations hydrauliques dans certains jardins.
Il est important que les consommateurs soient informés du quotidien au bout de la chaîne, pour contribuer à ce désenclavement  indispensable en acceptant de payer un prix juste.

Dans l’article 2 vous verrez toute une série de réalisations effectives  qui améliorent les conditions de vie des petits producteurs de thé au Kenya, et cela dans une ruralité maintenue constructivement et qui permettent de progresser vers un futur meilleur.

N°64 Art.2 La Kenya Tea Development Agency - KTDA


Portrait  de Lerionka S. Tiampati son Directeur Exécutif

La NPT vous avait présenté Lerionka S.Tiampati en mai passé, lorcequ’ il avait été invité de présider au Tea Trade Dinner annuel de Londres, le 88e depuis sa création. Cette institution mondaine britannique est la rencontre annuelle des opérateurs du monde du thé, qui se déroule depuis bientôt un siècle sous les chandeliers en cristal de l’immense salle de balle du mythique Hôtel Savoy, sur le bord de la Tamise. Dans une ambiance feutrée les sociétés invitent à leur table, on peut circuler entre les plats et les toasts à la Reine et au marché du thé, et donc croiser de nombreux invités arrivés d’Asie,  d’Afrique et des Amériques pour cet événement prestigieux. Le Président de ce diner est choisi par le Tea Trade Dinner Committee, et bien que traditionnellement Britannique depuis de longues années il y a  depuis peu une belle ouverture vers d’autres nationalités.
L.Tiampati , à droite avec son Chairman
P.Kanyago
 Après avoir invité le Président de la Tea Association des USA cela a été le tour du PDG d’une grande société Indienne et cette année le choix s’est porté sur le Directeur Exécutif de la Kenya Tea Development Agency, Lerionka S.Tiampati, le premier tea man  Africain à la tête de ce diner annuel mémorable .
Il a été présenté aux convives par le Président du Diner de l’an passé, un autre de ces rituels, qui est Philip Miles, le PDG sortant de Van Rees BV, un de plus gros grossistes importateurs de thé du monde.



Ainsi la NPT a appris  tous plein de détails sur cet homme qui est originaire de la tribu des Maasaï, une population semi nomade d’éleveurs guerriers, qui appartient aux ethnies nilotique. Ecolier régulièrement  primé il a suivi des études de commerce à l’Université de Nairobi et puis en Angleterre, ce qui l’a fait rapidement être appelé  à des postes importants de décideur dans le domaine agro alimentaire de son pays. Sa carrière dans le thé a commencé en 2001, comme Directeur de la Ketepa –Kenya Tea Packers- la grande société national de conditionnement de thés appartenant à la KTDA, avant d’être nommé en 2004 à la tête de KTDA, où il exerce cette fonction  de Directeur Général Exécutif depuis.
à Dubai pour une Table Ronde

La KTDA est en fait le plus gros groupement organisé de petits producteurs de thé du monde, comme le montrent les chiffres annoncés ; elle regroupe
**plus de 560.000 petits fermiers
**qui produisent environ 60% du volume annuel du Kenya, 264.000t de thé en 2016,
**ces thés sont  travaillés dans les 67 usines gérées par l’agence
**et qui emploient en plus environ 12.000 personnes, générant ainsi  un emploi indirect pour plus de 4 millions de Kenyans,
une très lourde tâche et qui ne lui laisse que peu de temps pour sa femme et ses quatre enfants et encore moins pour  ses sports favoris de jeunesse, le hockey et la course à pieds.

Par contre quel chemin parcouru  depuis les 12 années passées à faire face aux défis et aux changements du marché, avec des concurrents toujours très actifs et une clientèle qui ne cesse de bouger, face aux  aléas de la politique et du climat, qui s’imposent sans merci ! C'est un business model qui a le vent en poupe!
 Il est aisé de découvrir les plus récentes parmi les nombreuses réalisations et programmes que la KTDA a mis en route pour améliorer la situation des petits producteurs en parcourant leur lettre d’information, qui paraît environ tous les deux mois, le "Chai Bulletin ",
***dans le domaine pédagogique :
** il y a tout d’abord, et depuis 2009, le programme pour éduquer les fermiers vers la pratique d’une agriculture durable, leur proposant les bonnes méthodes de propagation par boutures, une gestion appropriée de l’eau et des fertilisant, apports clés pour la prospérité des théiers,
avec des session d’information et des ateliers pour échanger et partager leur expérience ; NB :en 2016 le nombre de cultivateurs formés a atteint le chiffre de 85.000,
**un nouveau projet vise à apporter les bases d’une bonne gestion financière, savoir lire un compte, établir des prévisions et faire des réserves, diversifier les cultures et faire un plan pour l’année, un outil important pour donner plus de statut avec une gestion ciblant l’autonomie économique,
**des bourses d’études pour les enfants des fermiers qui montrent des aptitudes pour un cursus universitaire ;
***dans le domaine pratique et de bon fonctionnement :
**l’installation progressive de petites stations d’énergie hydro-électrique
**la collectivisation de l’achat d’engrais, pour obtenir ces sacs, 50kg pour 700 théiers, à meilleur compte que chacun pour soi,
**une société TEMEC- Tea Machinery & Engineering Company- qui fournira  des équipements et des machines pour les usines et en assurera l’entretien,
**un plan de afforestation énorme, qui vise la plantation de 8 millions d’arbres par an , pendant 5 années, à la fois pour fournir du bois de chauffe pour les usines et pour capturer le CO2, principalement de l’eucalyptus à la pousse très rapide
**un nouvel entrepôt de stockage à Mombasa au volume agrandi  et à la  logistique moderne
**et puis à ne pas oublier la KETEPA, l’usine de tea packing de la KTDA, qui fournit le marché domestique en thés de toute sorte, avec une nouvelle gamme de thés aromatisés en sachets qui fait fureur.

A noter qu’au Kenya ce sont les hommes qui cueillent le thé, fièrement et farouchement opposés à une éventuelle mécanisation !
A noter aussi que l’incroyable essor de l’industrie du thé du Kenya va de pair avec une croissance spectaculaire de la population, qui est passé de  moins de 10 millions en 1966 à 47 millions en 2016, impressionnant.
Ce groupement superbe et dynamique de petits producteurs, la structure la  plus importante de ce type au monde, demande en effet toute son énergie et son attention  à son CEO . De le voir ainsi  chaleureusement  félicité par ses pairs à Londres pour les résultats brillants de sa gestion était un vrai plaisir.   


N°64 Art.3 Le Thé Pourpre du Kenya, nouveau et riche en molécules bénéfiques

Parmi les initiatives visant à améliorer le revenu des petits fermiers du Kenya, regroupés au sein de la KTDA – voir Art.2 de ce même numéro- il y en a une très importante : leur fournir le matériel botanique le plus approprié.
Au Kenya les cultures se trouvent en altitude, dans des sols rouges et fertiles, des deux côtés de la Vallée du Rift, reparties en sept régions. Il y a deux saisons de pluies, la courte de mi octobre à décembre et la longue de mars à juin.

La cueillette se poursuit pendant toute l’année, mais le rendement est meilleur en saison de pluie, qui permet aux théiers de bourgeonner plus fort. L’altitude et l’absence de pollution dans ces zones rurales et entourées de forêts fait que très peu de parasites s’attaquent aux feuilles, donc pas besoin de produits chimiques pour les éloigner, un grand plus pour les thés du Kenya.

Les doléances des fermiers viennent surtout des problèmes de météo, notamment sécheresse et températures trop basses, deux choses que les théiers détestent.
Les travaux des chercheurs de la Tea Research Foundation du Kenya, TRFK, à Kericho, portent donc beaucoup sur l’amélioration de la résistance des plantes à la sécheresse et aux frimas, mais aussi sur l’accroissement du rendement, la qualité des feuilles et leurs teneurs en diverses substances telles qu’apportant arômes, saveurs et  couleurs à la tasse et puis aussi des molécules antioxydants, des acides aminés et des vitamines.

Les recherches sur le thé qui sont menées dans tous les grands pays producteurs depuis le début du 20e siècle ont permis de créer de nombreux cultivars, adaptés aux conditions spécifiques de différentes zones de culture , aux préférences de goût et aux autres exigences du marché.
Les théiers sont multipliés soient par boutures soit par graines, le choix  se fait en fonction  de nombreux paramètres ; parfois ce matériel botanique est mis à disposition gratuitement, parfois il faut l’acheter, il y a aussi des planteurs qui préfèrent élever leur propres petits plants dans leurs propres pépinières à théiers.

Le thé pourpre a été développé comme une nouveauté attractive, des feuilles superbes, donnant une belle tasse et qui est très riche en anti oxydants, donc super bonne pour la santé. Les informations préalables donnaient envie à de nombreux planteurs de se lancer dans cette nouvelle culture, quand le TRFK306/1 a enfin été mis à disposition en juillet  2012, après plus de 20 ans de recherche.
Selon le Dr. Eliud Kireger , patron de la TRFK, le résultat final avait été obtenu grâce à une étroite collaboration avec les chercheurs de Jorhat, en Assam, et ce théier pourpre est issu d’un croisement entre une variété assamica, à haut rendement et une variété cambodgiensis, à rendement faible et aux feuilles riches et dorées.
Notons qu’au Yunnan, en Chine, il existe des théiers que l’on appelle Puer Pourpre, à la tasse d’un violet sombre magnifique, mais d’une forte amertume.

Le théier pourpre du Kenya avait aussi attiré tous les regards par la beauté de ses jeunes feuilles d’un rouge tendre, " nous les mettons sur nos balcons au Centre de Recherche ", disait Eliud Kireger, mais au début la tasse ne tenait pas toute la promesse, un vrai souci !
Dès 2013 on pouvait voir ce nouveau thé promu par le Kenya dans les expos et événements commerciaux, et puis les cultivateurs ont commencé à en planter, pour rendre le produit disponible en volume et non seulement pour les dégustations et démonstrations.
Au départ Kangaita  a été la seule usine  de la KTDA , a en produire ; c’est là qu’est géré une plantation  pilote qui fournit l’usine de Kangaita, dans la région no 3 qui se situe sur les pentes sud du Mount Kenya ; à noter que c’est aussi à Kangaita que des thés blancs ont été mis au point.
Ensuite d’autres fermiers ont fait l’investissement dans cette même région no 3 et on commence depuis quelque temps  à  trouver ce thé intéressant aux USA et en Europe, et donc  aussi en France.
 C’est le Palais des Thés qui commercialise  un grand cru d’Extra Rich Purple,
 thé violet du Kenya.
La cueillette est fine, un bourgeon et deux feuilles, la tasse est agréable au goût peut être  un peu atypique, sans doute à cause de la forte teneur en anthocyanes. La couleur est d’un pâle violet, qui est bien mis en valeur dans une tasse blanche.
C’est donc une vraie nouveauté dont  la culture est actuellement limitée aux pentes  du Mount Kenya ; disponible  en petits volumes pour le moment, il y a en plus  les exigences de la manufacture que peu d’usines peuvent effectuer ; le purple tea est pour l’instant  un produit  rare et donc pas bon marché.
Un tasse à découvrir et qui trouvera sa clientèle, lorsque la production aura atteint un niveau plus important.






N°64 Art.4 Les thés au jasmin de Fuzhou, Fujian, Chine

Il s’agit là d’une sorte de binome de  cultures, théiers et jasmins, qui remonte à la dynastie des Tang (618-907) et que l’on cherche à faire revivre après la rupture des traditions suite aux bouleversements des guerres mondiales et  de la révolution culturelle. Le retour progressif à la propriété privée après la mort de MAO Zedong a permis à de nombreuses familles d’anciens propriétaires de renouer avec un patrimoine théicole local. De nouvelles sociétés très performantes ont ainsi pu être crées, souvent sous l’aile protecteur du Partie Communiste Chinois -PCC et avec son appui, afin de restaurer, faire revivre  et  reprendre en main.
Cela est notamment le cas au Fujian, province côtière et qui est la plus importante pour la production de thé, apportant à elle seule plus de 15% du volume total du thé en Chine: 402.300 t en 2015
La production du thé de la province du Fujian se concentre principalement autour de trois grands ensembles : les pentes du Wuyi shan avec les thés des rochers, le Nord-Est maritime avec les thés blancs de Fuding et puis les collines autour de Anxi, qui fournissent les célèbres TieGuanYin. Mais il y a aussi d’autres régions moins vastes dont notamment les collines près de la Capitale, Fuzhou où l’on trouve une production à la tradition très ancienne : les thés au jasmin.

Arrivés de l’Empire Perse vers le début de notre aère le jasmin a immédiatement pris racine dans cette Chine du sud, aux villes portuaires faisant commerce avec toute l’Asie du sud est comme Quanzhou, d’où est partie la grande flotte de l’Amiral Zheng He,  Xiamen en face de Taiwan, Fuzhou à l’embouchure de la tumultueuse rivière Min. La culture du jasmin s’est donc installée près de Fuzhou dans un climat très favorable qui a fait prospérer cette plante qui s’y est rapidement diversifiée. L’arrivée du Bouddhisme sous les Tang et la généralisation de la consommation du thé, principalement du thé vert à l’époque, a entrainé plus de recherche et de raffinement. Ainsi l’imprégnation du thé avec les fleurs de jasmin a été expérimentée et aussi tôt fait fureur, cette tasse exquise est devenue rapidement l’élixir des courtisans.
 Les siècles ont passé et le thé au jasmin est resté une tasse très prisée, notamment dans la Chine du Nord, en sorte que la culture du jasmin a été installée plus tard aussi dans d’autres provinces. Aujourd’hui la plus grande région productrice de jasmin  est la région autonome du Hengxian, dans le Guangxi, avec une récolte qui permet la production de plus de 65.000t/an de thés au jasmin, deux tiers du total. Mais le Fujian a repris sa production traditionnelle autour de Fuzhou vers les années 2005 et veut se positionner comme le fournisseur premium de longue date. Actuellement cette production se monte à environ 12.000 t de thés au jasmin par an, dont un tiers part à l’exportation vers Singapour, le Japon, la Russie, l’Europe et les USA.
Pour mettre en valeur ses cultures un dossier a été soumis à la FAO en 2012, pour obtenir le classement en GHIAS, système agricole patrimonial et d’intérêt global, et ce label a été obtenu en 2014 !
On y souligne que dans la région de Fuzhou  on cultive à la fois les thés, en altitude et des jasmins particulièrement parfumés dans la plaine fluviale, pour procéder sur place aux opérations très délicates du transfert des huiles essentielles des fleurs aux feuilles de thé.

C’est un savoir faire ancestrale et qui requière expérience, pratique et dextérité pour choisir les boutons de fleurs, cueillis  après la rosée du matin et qui devront pouvoir s’ouvrir ce même soir, après avoir été  mélangés avec le thé. Tout est minuté, rien ne peut attendre le lendemain, les fleurs sont épuisées après environ 12 heures d’imprégnation, on les élimine  et des fleurs fraîches sont apportés pour renouveler l’opération. A noter qu’un thé au jasmin premium va subir au moins sept séries d’imprégnations !  A noter aussi que le jasmin fleurit en juillet et août, donc 2 mois de récolte seulement.
Dans le dossier pour la FAO on précise que 30% de la population régionale tire son revenu de cette culture.D' d’importantes campagnes de promotion font valoir la qualité de ces thés, à la fois en ce qui concerne les matières agricoles mises en œuvre et le savoir faire ancestral des producteurs.

Il y a quelques grandes sociétés qui se partagent cette production dans les environs de Fuzhou, dont la plus grande est  le Chunlun Tea Group, fondée en 1985, et gérée par les frères jumeau FU Tianfu et FU Tianlong, l'un d'eux , le premier à gauche,reçoit sa plaque de médaille sur la photo!
suivi de Aofeng Minrong Tea Company , crée en 1982
et puis de Dingshou Tea Company.

Une belle réussite et qui réstaure un modèle agricole ancien avec des moyens de production du 21e siècle.



N°64 Art.5 Le "Buchu " par Dominique Cairol

Cette plante vous fera  découvrir les richesses du monde végétal de l’Afrique du Sud,  où depuis plus de 300 ans les Boschimans et les Hottentots infusent le rooibos pour se guérir de multiples affections. Ils ont aussi recours au Buchu, que vous sera présenté dans ce petit article, une autre plante à infusion,  qui vient aussi d'Afrique du Sud. Cette région pourraient nous faire d’autres surprises et il pourrait apparaître dans nos échoppes encore d’autres espèces comme le honey bush, l’aloe du Cap, le gingembre africain, le moringa…..

Petit rappel botanique et historique
Le Buchu ou Agathosma betulina (Berg.) est un arbuste de la famille des Rutacées (famille des agrumes), endémique dans la région occidental du Cap (Cederberg) et adapté aux conditions sèches. On peut le trouver sur les collines ensoleillées et les pentes caillouteuses de grès à une altitude de 300 à 700m.

Le mot Buchu est utilisé par les Boschimans et les Hottentots et désigne toute plante aromatique qui peut être séché et réduite en poudre et ne se réfère pas à une espèce particulière. Mais aujourd’hui le mot «  Buchu » est l’appellation commune pour deux espèces l’ Agathosma betulina ( buchu à petite feuille) et Agathosma crenulata (buchu à longue feuille) . (1) Nous nous intéresserons qu’à la première espèce bien que les usages soient très voisins.
C’est un arbuste persistant de deux mètres de haut environ. Les feuilles sont opposées, ovales et environ  20 mm de long, les fleurs apparaissent pendant 6 à 8 semaines entre juin et novembre. Les fruits sont des capsules qui se fendent pour libérer les graines.
Ses feuilles sont récoltées pendant la floraison, puis séchées. Les huiles volatiles sont ensuite extraites par distillation à la vapeur.
Les plantes sauvages sont encore abondantes mais leur récolte est devenue si recherchée que l’espèce est menacée à terme et que des travaux sont en cours pour obtenir une bonne domestication de l’arbuste.

Les principes actifs  et la  composition chimique :
La composition des constituants du buchu a été bien étudiée et de nombreux composés ont été identifiés. Nous nous intéresserons qu’à Agathosma betulina . Comme nous le verrons ci-dessous la composition des huiles essentielles est extrêmement variable, ce qui incite à quelques précautions. Ses composés volatiles sont principalement le limonène (11.6-17.0%), le menthone, le diosphénol , le pulégone. L’isomenthone (29.83-60.0%)(présent dans la menthe) et le diosphénol (29.83-60.0%) sont les composés volatiles majeurs responsables [2, 3] des propriétés antispasmodiques, antiseptiques, et diurétiques [4 ,5,].
les feuilles séchées

Les composés soufrés sont responsables de l’odeur et du goût de cassis que l’on retrouve dans l’huile de buchu (6).La richesse en pulégone qui est extrêmement variable dans l’huile essentielle (7.0-34.1%)(7) conduit à ne pas recommander son usage en aromathérapie et également à déconseiller sa consommation aux femmes enceintes. La pulégone peut générer une toxicité hépatique, rénale et pulmonaire.
Les utilisations
Le buchu peut être utilisé sous forme d’huile, de feuilles séchées, d’eau de buchu et de poudre. Il n’est pas utilisé seulement pour sont intérêt médicinal mais aussi comme exhausteur de goût et colorant dans l’industrie agro alimentaire. Il est également employé dans la parfumerie et la cosmétique.

En médecine traditionnelle :
Boschimans et Hottentots utilisaient les feuilles séchées ou en poudre mélangées à de la graisse de mouton comme onguent. Les feuilles étaient aussi mâchées contre les maux d’estomac. Les colons du Cap faisaient macérer les feuilles pour lutter contre les affections pulmonaires et les problèmes digestifs. Elles étaient également utilisées pour guérir les plaies et blessures.
Les huiles essentielles sont employées pour leurs propriétés antiseptiques et diurétiques.
la tasse infusée

En boisson :
Le Buchu peut être bu en infusion comme. Il aide le traitement des infections urinaires. Il se prépare en versant une tasse d’eau bouillante sur 2 cuillères à café de feuilles séchées ou fraîches. On laisse infuser pendant 5-10 minutes et l’on boit.
En Afrique du Sud on élabore un brandy à base de buchu. Il est obtenu en faisant macérer des feuilles dans le brandy.
Agroalimentaire
Aux USA et en Europe le Buchu est autorisé pour l’utilisation dans l’industrie alimentaire.



Si vous voulez en savoir plus

(1 ) A. Moolla, S. F. Van Vuuren, R. L. Van Zyl, and A. M. Viljoen, -2013- Commercially Important Medicinal Plants of South Africa: A Review. Journal of Chemistry.Volume 2013
(2)R. Kaiser, D. Lamparsky, and P. Schudel-1975- “Analysis of buchu leaf oil,” Journal of Agricultural and Food Chemistry, vol. 23, no. 5, pp. 943–950, 1975.
(3)M. A. Posthumus, T. A. Van Beek, N. F. Collins, and E. H. Graven-1996- “Chemical composition of the essential oils of Agathosma betulina, A. crenulata and an A. betulina x crenulata hybrid (Buchu),” Journal of Essential Oil Research, vol.8, no.3, pp. 223–228, 1996.
(4)A. Moolla, S. F. Van Vuuren, R. L. Van Zyl, and A. M. Viljoen- 2007-“Biological activity and toxicity profile of 17 Agathosma (Rutaceae) species,” South African Journal of Botany, vol. 73, no. 4, pp. 588–592, 2007.
(5) M. Lis-Balchin, S. Hart, and E. Simpson- 2001- “Buchu (Agathosma betulina and A. crenulata, Rutaceae) essential oils: their pharmacological action on guinea-pig ileum and antimicrobial activity on microorganisms,” Journal of Pharmacy and Pharmacology, vol. 53, no. 4, pp. 579–582, 2001.
(6)M. Sandasi, G. P. P. Kamatou, M. Baranska, and A. M. Viljoen- 2010- Application of vibrational spectroscopy in the quality assessment of Buchu oil obtained from two commercially important Agathosma species (Rutaceae),” South African Journal of Botany, vol. 76, no. 4, pp. 692–700, 2010




N°64 Art.6 La World Fair Trade Organization

Cette structure  fédère sur le plan mondial plus de 400 organismes et sociétés dans 71 pays et couvre les 5 continents, avec des Bureaux Régionaux pour l’Afrique, l’Asie, l’Europe, l’Amérique Latine et du Nord et le Pourtour du Pacifique.

Son objectif : donner aux petits producteurs du sud la possibilité d’améliorer leurs conditions de vie en instaurant un commerce équitable qui fonctionne par l’application de 10 règles de base, qui s’appliquent  en amont et en aval.
www.wfto.org    
Anciennement appelée IFAT (International Fair Trade Association) elle a été créée en 1989 aux Pays-Bas.  En poursuivant une intégration et une globalisation au fil des années elle adopte son nouveau nom :World Fair Trade Organisation – WFTO en 2009, en affinant son fonctionnement pour une efficacité plus durable et à frais moins lourds.
 WFTO facilite, soutient et guide ses structures adhérentes, qu’elles soient   importateurs, vendeurs, producteurs,  sociétés ou organisations de soutien. En adhérent à WFTO on passe d’un système de certification produit à une garantie organisation. En effet la garantie organisation propre à WFTO  prend non seulement en compte la manière dont a été fabriqué un produit, mais aussi le comportement d’une organisation/ société dans l’ensemble de ses activités et vis-à-vis de ses membres et partenaires.
en route vers les théiers 
Les 10 principes du commerce équitable selon WFTO sont les suivants
**Création d’opportunités pour les producteurs en situation de désavantage économique
**Transparence et crédibilité
**Pratiques du commerce équitable
**Paiement d’un prix juste
**Garantie d’absence de travail d’enfants et de travail forcé
**Engagement pour la non-discrimination, l’égalité des genres et la liberté d’association
**Conditions de travail saines et sûres
                                                      **Formation
                                                      **Promotion du commerce équitable
                                                      **Respect de l’environnement
cabane de petit fermier Hmong
au milieu de théiers anciens


Alors que la certification en commerce équitable avec le label  Max Havelaar correspond à une volonté et un choix délibérés de proposer des produits issus d’une agriculture à la fois respectueuse des Hommes et de la Terre , l’adhésion à WFTO est un engagement qui va plus loin, puisqu’il implique une responsabilité non seulement envers les petits producteurs fournisseurs, mais aussi vis à vis des salariés de l’adhérent ! L’approche de WFTO est globale et prend en compte la manière de travailler et dans sa propre société et avec les partenaires.
village de petits fermiers eu Darjeeling

Cette certification WFTO  est de plus
**participative : chaque adhérent à une voix  lors des assemblées générales et participe aux décisions dans un cadre démocratique.
**exigeante : chaque  adhérent à WFTO se doit d’avoir une parfaite connaissance des conditions de vie des producteurs/ fournisseurs, de pratiquer une réelle transparence sur les prix, de mettre en place des rencontres régulières sur le terrain et d’appliquer  les principes du commerce équitable au sein de ses propres locaux et en ce qui concerne les conditions de travail de ses salariés.
**complète : le consommateur a la garantie que l’entreprise qui appose ce label met en œuvre aussi bien sur le terrain que dans ses propres locaux les 10 principes énoncés ci-dessus. 
Adhérer à WFTO est donc une décision importante vers un engagement fort en faveur des petits producteurs , contre la pauvreté rurale et l'isolement , dans une éthique intégrale.
Certaines sociétés françaises du marché du thé ont franchi le pas, telle que "Les Jardins de Gaïa" en 2016; applaudissements !